POV TOM
Ca fait maintenant un an, une année complète que maman est avec cette ordure. Un an que mes bleus s'agrandissent sous ses yeux clos. Un an que Bill pleur tous les soirs dans la salle de bain, dans l'attente que Franck en finisse avec moi. Un an qu'il entend ces insultes à mon égard lorsque maman travail. Un an que mon frère colle son oreille à la porte et s'arrache le c½ur à chaque coup qu'il entend tomber sur moi. Maman n'est presque plus à la maison, elle est monté en grade. Elle ne voit donc pas mes côtes cassées, mon torse bleu de coups.
La douleur? Oui j'ai mal. Mais le plus insupportable, la pire des souffrances... C'est de ressentir le c½ur de mon frère se froisser à chaque gifle... C'est de sentir ces larmes sur mes joues... C'est de sentir son estomac régurgité la totalité de son contenu à ses sons même lorsqu'il n'a plus rien, à cause du nombre insoutenable de ceux-ci. Rien ne me fait si mal que la douleur que partage ma moitié avec moi. Je veux le prendre dans mes bras, lui dire que tout vas bien, que tout ira mieux, que je serais toujours là... Mais je ne peux pas, pas maintenant.
Il est courageux, malgré tout il a réussit à se faire oublier pour ne pas recevoir de coups. Mais... la raison pour laquelle Franck s'acharne contre moi, c'est que je ne veux pas! Non, chaque soirs je me bats avec lui pour que mon frère dorme blottit contre mon torse, et pas celui de se monstre. Je ne veux pas passer ma nuit seul en sachant Billou dans son lit... Non jamais il ne le fera! Je me battrais jusqu'a ma mort pour garder mon frère à mes côtés, et lui épargner cette souffrance. Jusque là ma volonté et mon courage ont toujours vaincu. Depuis un peu plus de six mois, mon corps subit des coups à cause de mes paroles, pour le préserver lui... J'arrive à tenir tête et ce bourreau lâche prise lorsqu'il me voit bien trop amoché physiquement mais loin d'être prêt à renoncer!
Je suis toujours entre Franck et la porte de la salle de bain, toujours entre ce monstre et mon ange. Jamais il ne le touchera malgré les regards de la journée. Il me dégoute! Qu'il s'en prenne à moi, mais lui... NON! Jamais, pas Bill, pas mon frère, pas ma moitié encore si pure, pas mon petit ange si innocent... Je me fou de ma santé physique, sa n'est pas la plus costaude face à lui c'est vrai, ce n'est pas celle qui stop Franck chaque soirs. Non, ce que lui maudit c'est mon caractère, ma capacité à accuser les coups, me relever si vite qu'il n'a le temps de rien. Cette force que mon frère me donne, ce courage déversé à flot par son amour... Le jour où Franck détruira cela, il aura Bill comme il le souhaitera... Mais ce jour là n'est pas prêt d'arriver! L'amour de mon frère à mon égard et celui que je lui porte est beaucoup trop important!
La pluie frappe contre la vitre, je sais que c'est les larmes de mon père qui veulent brisées ces parois pour protéger ses fils...
Sa y est, mon arcade déverse enfin une fine perle rouge. Je la sens roulée au coin de mon ½il. Je le voix lui, le regard qui se pose sur cette goute alors que sa main est encore haute dans les aires, prête à me retomber dessus. Mais non, cette perle si précieuse va nous sauver pour ce soir. Il me regarde avec mépris et rabaisse son bras. Je suis plein de haine... Il faut que je saigne, que mon sang se répande pour que mon petit ange dorme les ailes déployées en toute sérénité! S'il fallait que toutes les gouttes de ce liquide qui m'habite sortent de moi pour le protéger, alors je déverserais la dernière sans regrets...
Franck sort de la chambre en claquant la porte. Moi je suis là, perdu. Mes jambes ne me tenant plus une fois le danger passé, la peur reprend le dessus. Mes genoux cognent violement le sol de faiblesse. Je suis loin... Mes mains se joignent et mon visage meurtri s'y réfugie dedans. Non je ne pleur pas... Je pense seulement... Jusqu'a quand tout cela va durer? Quand est-ce que mon corps et mon âme ne seront plus assez forts? Qu'adviendra-t-il de Bill ce jour là? Si jamais je ne peux plus le protéger, jamais je ne me le pardonnerais... J'espère qu'il va bientôt être heureux... Ce n'est pas une vie pour lui... Endurer sa... Je suis un monstre an fait... Oui c'est moi le monstre! Mon frère a mal au c½ur parce que je souffre... Moi ce n'est rien par rapport à ce que lui endure... Je suis un véritable monstre... Pardon Billou...
Bill: Tom... Regarde-moi... Tu n'en ais pas un...
Il se trouve lui aussi genoux au sol, face à moi, tel après un long combat... Je ne lèverais pas mes yeux. J'ai trop honte... Je ne suis pas un bon grand frère...
Bill: Tom ne penses pas sa!
Sa voix... Elle est pleine de larmes... Des sanglots que j'ai trop souvent entendus... Ce ne sont pas les coups qui m'arrachent le c½ur mais eux... Ils me font si mal que je me résous à relever la tête. Ses yeux sont rougis à cause de cette eau salée désormais répandue sur la totalité de ses joues et de son cou. Elle reflète la lumière ambiante de la pièce... Il est beau... Mon petit ange à moi! Je l'aime tant... J'essuie son cou ainsi que son visage et l'enlace très fort...
Bill: Merci Tom...
Tom: Pardon...
Bill: De quoi?
Tom: ... De tout... D'être un monstre...
Bill: Tom je t'ai dit de ne pas dire cette bétise! C'est faux! Tu me protèges... Tu-tu es le meilleur des frères... Tu... Je t'aime Tom... Je t'aime! Merci pour tout ce que tu fais pour moi, ce que tu endures pour moi... Je ne pourrais jamais en faire autant...
Tom: Crois-moi, tu dépasses déjà tes espérances...
Je le prends dans mes bras et serre très fort, certainement par angoisse de le perdre un jour...
Il me soigne tendrement, sans un mot, simplement le regard débordant de pardon et de regret. Le mien se veut rassurant et confiant. Chaque soir il s'occupe de moi, de mes blessures avec pommades et désinfectant. Il est trop jeune pour savoir ces gestes... Pourtant il les connait par c½ur, et les réitèrent sans cesse et sans se plaindre... Malgré tout, il reste pour moi un icone, un model...
Nous nous glissons tendrement sous la couette. Tous les deux, enlacés à jamais, quoi qu'il arrive. Ce soir, comme tous les autres, je me suis battus pour garder mon ange près de moi, sa chaleur m'est vitale, entendre sa respiration m'aide à rejoindre le doux pays me Morphée et sentir son c½ur battre contre le mien, au même rythme... Sa c'est indescriptible, sa comble mon c½ur de bonheur et remplis mes tripes de courage pour faire face au lendemain... Oui ce bonheur, je l'ai gagné, même s'il est moindre... Il me suffit, et demain... Je ferais tout à nouveau pour le ressentir encore...
Ce ne sont pas les coups physiques les plus douloureux quand on aime... Mais la souffrance qu'éprouve sa moitié pour ceux-ci...

